UpCycling : l’histoire d’une tendance pas si éphémère

1988, Café de la Gare, Paris. Martin Margiela, aujourd’hui identifié par le monde de la mode comme l’un des précurseurs du mouvement « éco-conscient », présente sa première collection femme. Le réemploi de matériaux (textiles et autres) fait partie intégrante du processus de création du couturier. Si la modernité de cette approche saute aux yeux, à l’époque le styliste est motivé par des raisons économiques et artistiques, plus que par un souci de responsabilité environnementale. Il n’en reste pas moins un pionnier de l’Upcycling, cet anglicisme qui désigne les procédés de revalorisation de vêtements ou de tissus voués à la perte. Le mot qui n’existait pas encore au début des années 1990 s’est popularisé en réaction aux défis environnementaux contemporains. La mode est d’autant plus concernée que l’industrie textile est la deuxième plus polluante au monde. L’Upcycling, c’est d’abord l’option choisie par certaines marques contemporaines engagées par conviction contre la surproduction (Marine Serre, Rusmin, etc). Mais face aux évolutions de la réglementation comme des attentes du consommateur, cette solution s’intègre aujourd’hui de plus en plus aux stratégies de géants du luxe ou du prêt-à-porter milieu de gamme, qui en profitent pour faire du greenwashing, écoblanchissement en français. Alors, essayons de dénouer le fil qui va de la pratique anticonformiste de Martin Margiela à l’émergence d’une tendance à plus grande échelle.  Continuer la lecture de « UpCycling : l’histoire d’une tendance pas si éphémère »

“Simon Hantaï, l’exposition du centenaire” à la Fondation Louis Vuitton

Il y a cent ans, Simon Hantaï naissait. Pour fêter cet événement, la Fondation Louis Vuitton organise une grosse chouille dans ses locaux où la couleur semble être en  fugue. Partez à la découverte de ce peintre hongrois ayant érigé en sujets d’expérimentations manifestes Dieu, sa mère et le pliage. Continuer la lecture de « “Simon Hantaï, l’exposition du centenaire” à la Fondation Louis Vuitton »

Afin de coincer ma bulle dans ta bulle : L’exposition Aquarium à la Maison Populaire de Montreuil

Cette semaine, direction la Maison Populaire de Montreuil en Seine-Saint-Denis, à l’Est de Paris. Chaque année, la Maison Pop confie la programmation de son centre d’art à un·e commissaire indépendant·e chargé·e de penser et d’accompagner la mise en place d’une saison. Au fil des années, la Maison Pop est devenue un lieu incontournable pour la carrière de jeunes commissaires.  Continuer la lecture de « Afin de coincer ma bulle dans ta bulle : L’exposition Aquarium à la Maison Populaire de Montreuil »

Irrésistible. La machine à l’épreuve du désir, chez Thomas Guillemet

Salon de Montrouge, 30 octobre 2021. Je suis apostrophé par ces quelques mots « SEND NUDES, I’M SAD » inscrit en lettres capitales sur des caissons lumineux. Il s’agit de la section du salon réservée à Thomas Guillemet, surchargée d’objets : des écrans, des images éclairées au néon et des assemblages en céramique, cordes et latex recouvrent des impressions collées sur la totalité de la surface des cimaises. Certains empruntent leurs courbes et leurs dimensions aux sextoys, d’autres aux accessoires BDSM. Un des écrans diffuse en boucle une animation futuriste, comprenant un numéro de téléphone, auquel il est possible d’envoyer un SMS pour engager une conversation avec une intelligence artificielle. Qu’ils soient présents physiquement, modélisés en 3D ou photographiés, les différents éléments sont en situation d’intrication complexe, à la manière de ces entrelacements de lanières de cuirs qui sortent puis rentrent par la bouche d’un des masques exposés. 

Continuer la lecture de « Irrésistible. La machine à l’épreuve du désir, chez Thomas Guillemet »

Occuper la place : de la circulation des discours queer en histoire de l’art

Ces dernières années, le terme « queer » a considérablement gagné en popularité et son utilisation dépasse à présent largement les cercles de personnes concernées. Si depuis trente ans, la communauté queer s’était attachée avec acharnement à fournir des discours alternatifs dans la plupart des champs universitaires et de la pop culture, il semble que les questions soulevées par cette pensée se posent aujourd’hui de manière très concrète. C’est-à-dire que la pensée se transforme vraisemblablement en effets, et ces énoncés initialement alternatifs flirtent désormais avec des flux mainstream. Ces points de friction font émerger des questions précises, régulièrement renouvelées au sein de la communauté. Comment continuer à faire circuler cette pensée tout en maintenant sa particularité à flots ? A-t-elle un potentiel d’hybridation avec l’institution ? Le queer est-il voué à se noyer dans les courants mainstream ? Continuer la lecture de « Occuper la place : de la circulation des discours queer en histoire de l’art »