“Simon Hantaï, l’exposition du centenaire” à la Fondation Louis Vuitton

Il y a cent ans, Simon Hantaï naissait. Pour fêter cet événement, la Fondation Louis Vuitton organise une grosse chouille dans ses locaux où la couleur semble être en  fugue. Partez à la découverte de ce peintre hongrois ayant érigé en sujets d’expérimentations manifestes Dieu, sa mère et le pliage.

Crédits photo : Lauriane Haumont

Article écrit par Lauriane Haumont

Simon Hantaï : qui ? quoi ? quand ? où ? comment ?

Né en Hongrie en 1922, il troque sa casquette de futur ingénieur au profit d’une formation à l’école des Beaux-Arts de Budapest. C’est décidé : il vivra de peinture et d’eau tiède. Rapidement, il affirme son goût pour les créations d’Henri Matisse, de Jackson Pollock et des nabis. Ce qui le fait vibrer, c’est la couleur. Après la Seconde Guerre Mondiale, il s’envole vers the place to be : Paris. C’est là bas qu’il acère ses griffes en affinant ses techniques de peinture devenues mythiques : collage, brossage, coulage et, surtout, le pliage. Le timing est bon au regard de sa sensibilité : les surréalistes prospèrent et il s’y joint grâce à un culot adorable lui permettant d’être exposé dans la galerie d’André Breton. Membre actif de cette bande d’artistes, il n’en perd cependant pas son sens critique et tente, à grands coups de manifestes, de faire évoluer le mouvement vers une vision qui lui semble plus pertinente. Il tente sa chance au sein de divers mouvements sans en perdre sa patte. Son truc à lui, c’est le pliage. Il froisse, attache ou déforme ses toiles. Les colore et les déplie pour faire apparaître des formes chatoyantes révélant ses diverses obsessions. La Fondation Louis Vuitton retrace cycliquement une vie dédiée à la recherche de la spontanéité dans la couleur et la matière. 

Crédits photo : Lauriane Haumont

Incipit 

Dans la monumentalité des salles d’exposition, les immenses toiles de Simon Hantaï se succèdent dans un ballet coloré qui éclabousse nos rétines. Le spectacle débute avec un chef d’œuvre : Écriture Rose (1958-1959). Dans les méandres des écritures liturgiques entassées, quasi caviardées, une sérénité spirituelle émerge du rendu pastel rosé. Ce qui en ressort, c’est la manifestation d’une infinie patience, le résultat d’un travail d’une année nourrie de messes, de lectures philosophiques et d’écritures matérialisées sur deux grandes toiles de lin attachées, teintées de touches dorées, noires, brunes, exhortant le rose éponyme sans pourtant jamais l’utiliser. Toute la technique et la beauté du travail de Hantaï s’incarnent en majesté avec cette première toile. Plongé.e.s en immersion dans ses illusions d’optique où les couleurs et les formes apparaissent  comme par magie, le ton est donné. 

Dieu, complexe d’Oedipe et boyaux

Au fil des œuvres et des salles, nous faisons tout un tas de rencontres incongrues ayant jonché avec plus ou moins d’importance la vie du peintre hongrois.  Son rapport à Dieu inonde des toiles parfois monochromes, parfois bichromes. En employant le all over, une technique chère à une de ses plus grandes inspirations – Jackson Pollock – il remplit ses toiles de bout en bout tantôt de doré byzantin, de rouge sanguin ou de bleu nuit laissant parfois percer des motifs de croix dans la lumière. Petit à petit, le blanc grignote du terrain et l’incontournable complexe d’Oedipe s’incruste dans la fête. Tout un cycle sur sa mère et ses charmantes entrailles occupe le centre de ses toiles et, plus largement, de sa  création artistique. Terminé le rouge, le doré et le rose. On entre dans une période ou Hantaï oppose le blanc lin de ses toiles avec des teintes plus sombres, le tout soulignés par l’éclat des murs et de l’éclairage de la Fondation Louis Vuitton. Ses techniques de pliages virent de bord, laissent l’écru du support gagner de la place. Il enveloppe les formes que les toiles froissées ont créées. 

L’expo Hantaï, on en pense quoi ? 

On ne vous boudera pas le plaisir de découvrir les autres morceaux de l’exposition consacrés au tablier de sa maman, au travail inspirant de Matisse et de ses collages bleus, à la formidable salle recréant son atelier. On vous le tease simplement. Les mots ne suffisent parfois pas à retranscrire la beauté et l’émerveillement émanant des toiles de Hantaï. Ce qu’on en retient c’est la vision d’une vie dédiée à l’art de l’imprévisible et de l’unique. Un geste créateur qui exige de ses spectateurs.trices d’être des réceptacles curieux.ses de l’inattendu. Relèverez-vous le défis ? 

Pour le découvrir, rendez-vous à la Fondation Louis Vuitton jusqu’au 29 août 2022. Les moins de 18 ans y sont convié.e.s pour 5 euros, les moins de 26 ans, étudiant.e.s et enseignant.e.s pour 10 euros. 

18 mai 2022 – 29 août 2022 à la Fondation Louis Vuitton. Cliquez ici

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *