The Power of The Dog de Jane Campion, Un Western qui explore les sensibilités  

Le genre du western peut donc se réinventer, encore et encore, comme nous le prouve si bien Jane Campion avec The Power of The Dog. Le film flirte entre Brokeback Mountain pour cette homosexualité sans cesse refoulée, Les Frères Sisters qui opposent des hommes aux caractères bien trempés ou encore There Will be Blood pour ce portrait magnifiquement dressé, d’un personnage principal très froid, mesquin et cynique. Élevage d’un bétail, alcoolisme, fouets et mépris, prostitution, confrontation entre des hommes, entraînés par leur virilité, l’amour d’une femme ou leur fierté. Jane Campion, après une longue absence, frappe dans le mile avec un Western aux différents actes, éclipses fortement marquées, qui suivant un schéma assez classique, se dore de sa touche d’originalité, de subtilité. 

The Power of The Dog ©

Article écrit par Maude Vuillez

Que le film soit sur Netflix est regrettable, puisqu’il nécessite cet effort de la part du spectateur, pour le regarder d’une traite, sans se laisser distraire par une notif’ Twitter ou la théière. Et pourtant, nous sommes vite happés, entraînés au cœur du far west, avec une musique signée Jonny Greenwood. Dommage qu’on ne puisse le voir sur grand écran, c’est une faiblesse évidente dans la production cinématographique mais néanmoins, grâce au talent de la réalisatrice, le film réussit à transcender le support. Dès la première scène, la beauté du paysage dégage une trame narrative à elle seule. Une étrange forme dans les montagnes, annonciatrice d’une fin houleuse et métaphorique du titre, en est elle-même un élément inhérent à la narration. Le scénario est simple, les retournements de situations minimalistes mais un tour de force se joue en profondeur, avec une atmosphère très particulière, de plus en plus oppressante. Un drame se prépare, des indices (parfois trompeurs) sont parsemés tout du long de la narration. Jane Campion apporte une certaine fragilité, avec les hommes notamment, que ce soit George (Jesse Plemons), Phill (Benedict Cumberbatch,) ou encore Peter (Kodi Smit-McPhee). Dans ce film, les figures masculines dans sont fragiles, sensibles, à fleur de peau, comme si un rien pouvait les briser. Les femmes sont en retrait mais Rose, jouée par Kirsten Dunst, est une figure centrale. Elle aussi est frêle, sa vie tristement universelle et pourtant, une grande force, une  détermination, se joue en elle. 

Kodi Smit-McPhee excelle dans son rôle du jeune adolescent Peter, maigre, peureux, effrayé et marginal. Il étonne tout du long du film, par cette personnalité très atypique, jusqu’à la dernière scène. Cumberbatch aussi, nous livre une performance d’acteur comme il sait si bien le faire. On ne s’attend pas à le voir en tenue de cow-boy et pourtant, il nous surprend et porte le film par sa simple présence, charismatique et provocante. Il se comporte tel un tyran, tout en gardant son âme d’enfant, traumatisé par un douloureux passé qui se dévoile peu à peu. Les scènes dans le lac sont de toute beauté, les corps y sont littéralement mis à nu, nous dévoilant la silhouette imposante de Cumberbatch, dont une certaine fragilité s’en dégage. 

Cette adaptation du roman (1967) de Thomas Savage, auteur qui grandit dans un ranch du Montana, est sublime. Jane Campion nous propose un récit de western, moderne, audacieux, avec des thématiques bien actuelles. En cette fin d’année, que l’on veut terminer en beauté, on ne peut que vous conseiller de regarder The Power of The Dog, de vous laisser porter par l’univers si singulier de la réalisatrice. Nous attendons vos retours, nous sommes impatients de savoir ce que vous en avez pensé et, si comme nous, vous êtes alors persuadés que le genre du western ne peut que se réinventer.

L’occasion également de vous inviter à voir ou revoir The Piano accessible sur Netflix, véritable chef-d’œuvre de Jane Campion qui lui valut la Palme d’Or à Cannes en 1993 ; la première Palme d’Or décernée à une femme.

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