Marilyne Léonard visite l’exposition Pionnières au Musée du Luxembourg 

Il y a quelques semaines, nous avons emmené Marilyne Léonard voir l’exposition Pionnières au Musée du Luxembourg. On y a découvert de nombreuses artistes des années folles (telles que Tamara de Lempicka, Suzanne Valadon ou Tarsila do Amaral), sur les bons conseils de Patricia Teglia, attachée de presse de Marilyne que vous retrouverez au court de cet article. L’exposition nous a permis d’ouvrir la discussion à de nombreux sujets, chers à notre magazine ainsi qu’à la chanteuse québécoise. Marilyne Léonard a sorti en mai sa mixtape Vie d’ange, filant en huit titres tantôt en français, tantôt en anglais, ses histoires de cœur, ses moments de doute et ses rêves. 

Crédits photo : Mia Kallile

Propos recueillis par Eva Darré-Presa

Cette interview a été réalisée comme une discussion filée autour de l’exposition. Certaines approximations peuvent se retrouver dans les propos recueillis, comme dans toute conversation. 

MaG : Qu’est-ce qu’elle t’évoque cette exposition ?

M. L. : J’ai l’impression qu’on a fait énormément de chemin mais qu’il en reste beaucoup à faire. Avec le texte à l’entrée de l’exposition, j’ai reconnu des choses encore présentes dans l’industrie musicale. Par exemple, il y a peu de femmes mises en avant, surtout dans le rap. Il y a une maison de disques qui s’appelle « Les disques du ciel » qui n’a aucune artiste féminine. Il reste encore un step à faire dans la musique.

Il y a des pionnières au Québec. Je pense à Calamine, elle a des textes vraiment féministes. Je suis sûre qu’il y a plein d’autres femmes comme ça au Québec mais elles sont pas mises en avant. 

MaG : Tu écoutes qui comme rappeuses ?

M. L. : En rappeuses québécoises, j’écoute Caramine et Sarahmée. Sinon j’écoute beaucoup de rappeuses françaises ou belges. Chilla, Lous & The Yakuza, Poupie, Lala&Ce… J’écoute beaucoup plus d’artistes féminines qu’avant, mais ça demande de pousser les recherches. C’est les gars qui sont présentés majoritairement.

https://www.youtube.com/watch?v=enviFO–Ba8

MaG : L’exposition Pionnières se concentre sur les figures féminines des années folles (1920). Est-ce que cette période a existé au Québec ?

M. L. : L’exposition Pionnières se concentre sur les figures féminines des années folles (1920). Au Québec, il y a eu une révolution où un groupe de cinq québécois qui ont enlevé Pierre Laporte, un homme du gouvernement, pour que le gouvernement fasse passer des lois sur le fait de garder le français (comme la loi 101). Et c’est passé ! Je pense que c’est quelque chose au Québec qui a vraiment fait parler, mais il y en a eu d’autres.

MaG : C’est vrai que chaque décennie a apporté son nombre de révolutions dans certains domaines. En France par exemple, on parle souvent des années 60 pour le cinéma avec la Nouvelle Vague.

M. L. : Ils se sont rebellés de quelle façon ?

MaG : Sur leur engagement politique, un nouveau réalisme dans le cinéma, une nouvelle manière de mettre en scène et une opposition aux anciennes institutions cinématographiques.

M. L. : J’adore les films français mais j’aimerais en découvrir d’autres. J’avais vu La vie d’Adèle par exemple.

MaG : Ah oui, là c’est particulier (rires). Chez MaG, on n’est pas très fans (insérer liens articles).

M. L. : Ouais, il est voyeur. Il a fait d’autres films comme ça ?

MaG : Il a réalisé Mektoub my love aussi. Pour moi, on retrouve beaucoup de male gaze dans son cinéma, un regard masculin sur un corps féminin. Je ne sais pas si tu as déjà vu passer sur Instagram ces photographes qui te font deviner si la photo a été prise par une femme ou un homme ?

M. L. : Non, j’irai regarder ! Quand j’ai découvert La Vie d’Adèle à 16 ans, j’étais comme « waw », mais quand j’ai vu la scène, je me suis dit « mais ma sexualité est censée ressembler à ça ? » Ca m’avait choqué.

MaG : On a sorti récemment une série d’articles sur les luttes lesbiennes. Dans ces articles, la rédactrice parle justement du cinéma de Kechiche et de comment le fait de voir des images peut te donner une représentation de toi biaisée.

M. L. : C’est des images hyper sexualisées, comme si le film tournait autour de ça.

MaG : Voilà, alors qu’il y a plein d’autres films qui donnent une image plus réaliste du lesbianisme, dont certains réalisés par des femmes. 

Nous entrons dans une salle consacrée à Joséphine Baker

M. L. : Est-ce que c’est legit de dire « garçonne » ? 

MaG : Je me posais la même question. Ça t’évoque quoi ?

M. L. : Ça m’évoque un petit garçon manqué. C’est comme si t’étais un garçon parce que tu t’habillais de façon plus masculine mais que tu n’étais pas une fille.

MaG : Dans l’exposition le terme a l’air d’être employé de manière plus positive, liée à l’émancipation du corps, au fait de travailler.

M. L. : Joséphine Baker a l’air d’être la première femme à avoir été aussi sensuelle sur scène.

MaG : C’est vrai que c’était une star en France. L’exotisme était « tendance » à l’époque, alors la jupe banane plaisait beaucoup. Mais c’était surtout une vraie femme d’affaires engagée pendant la guerre. Mais je crois que ça ne s’est pas très bien fini pour elle.

MaG : On sait que l’art sert aussi à se représenter, se présenter au monde. Certaines artistes deviennent de véritables modèles pour une communauté, on peut penser à Girl in Red pour la communauté lesbienne. Pourtant, il me semble qu’elle ne souhaite pas vraiment se revendiquer lesbienne. Est-ce que tu arrives à te représenter dans ta musique ?

M. L. : Dans ma musique, je parle de ce que je vis. Je parle de relations interpersonnelles, de mon stress, de comment je vois les autres. Au départ, je parlais de relations amoureuses en disant « tu ». C’est peut-être il y a deux ans que j’ai commencé à dire « elle ». J’avais peur de faire ça.

Depuis que je le fais, je trouve mes textes plus authentiques. Il y a des filles qui me suivent et qui se reconnaissent dans mes textes, j’adore ça. Je pense que si t’es dans un groupe comme ça, c’est primordial de le mettre en avant. Il y a sûrement des personnes qui t’écoutent et qui struggle avec le fait de s’affirmer, et ça va peut être les aider. Depuis que j’ai dit que j’étais queer, j’ai encore plus de réponses positives et ça me tient à cœur. 

MaG : On arrive dans une salle qui s’appelle « Les deux amies ». Ça me fait penser à Rosa Bonheur et à son « amie » avec qui elle a vécu toute sa vie.

M. L. : Mais c’est sûr qu’elles étaient amoureuses ! (rires)

MaG : Tu connais Colette ?

M. L. : C’est elle ? (montre un présentoir) Elle est très belle.

MaG : C’était une écrivaine. Elle a beaucoup choqué parce qu’elle était très libre dans ses propos et qu’elle parlait beaucoup de sexualité.

M. L. : Elle était lesbienne ?

P. T. : Elle était bisexuelle.

M. L. : J’aimerais ça avoir un livre d’elle.

MaG : Dans les années folles, il y avait déjà une réflexion sur le « troisième genre ».

M. L. : J’ai l’impression qu’aujourd’hui c’est ce qui est le moins accepté. Dans ma tête, c’était même pas quelque chose qui pouvait exister à cette époque là.

MaG : Comment ça se passe au Québec, tu peux cocher une troisième case sur les documents administratifs ?

M. L. : Généralement oui, mais pas toujours. J’ai l’impression que les jeunes sont vraiment ouverts au Québec, mais je pense que c’est là-dessus qu’il y a le plus de fermeture. Je peux aller dans un milieu et dire que je suis lesbienne sans problèmes. Aujourd’hui sur Instagram, tu peux mettre They/Them ou un autre pronom, mais c’est comme si c’était pris à la légère. Je sais pas si c’est comme ça pour vous aussi ?

MaG : Je pense que oui. Puisque je ne suis pas concernée, je me renseigne pour ne pas faire d’erreurs. Aujourd’hui tu peux mettre tes pronoms sur Instagram ou même LinkedIn. Parfois on voit des femmes qui précisent She/Elle. Est-ce que ça a du sens ?

M. L. : Je pense que oui. Pour éviter d’être dans l’inconnu face à la personne que tu rencontres, je pense que tout le monde devrait le dire. Au Québec, certaines personnes proposent qu’on se présente avec nos pronoms, pour que ce soit clair. Ca m’est déjà de dire gentil à la place de gentille et ça peut être gênant.

MaG : Je suis d’accord avec toi mais j’ai l’impression que si je mets She/Elle sur mon profil Instagram, j’ai l’impression de m’approprier une cause.

M. L. : Je me dis que si tout le monde le dit, il n’y a plus de sous-entendus. Mais je comprends ce que tu veux dire, c’est une cause qui ne nous appartient pas.

P. T. : Je pense que justement, si se genrer devient la norme, alors ce n’est plus un problème pour les autres.

M. L. : Et si tout le monde le dit, il n’y a plus de minorité puisque ce ne sont plus que les minorités qui doivent le dire.

P. T. : C’est aussi une pédagogie de la génération d’après. Si à vos âges vous commencez à le signifier, vous faites réfléchir les gens autour de vous.

P. T. : Ce tableau là m’a fait un choc. j’en ai acheté la carte postale. Il s’appelle Au bord de la mer et a été peint par Romaine Brooks. C’est comme si la femme représentée nous suivait du regard.

M. L. : C’est magnifique !

On finira par toutes acheter la carte postale.

M. L. : Tu connais Les Liaisons Dangereuses ?

MaG : C’est un classique de la littérature française, qui parle de sexe. J’ai l’impression qu’on aime beaucoup parler de sexe (rires).

M. L. : C’est vrai qu’il y a beaucoup de sex-shop à Paris !

MaG : Oui, à Pigalle. Les Liaisons Dangereuses c’est une histoire de complots, de jeux, de relations et de trahisons. C’est deux personnes qui en entraînent d’autres dans leur chute. 

Nous entrons dans la dernière salle de l’exposition, nommée « pionnières de la diversité »

MaG : En ce moment au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, il y a une exposition consacrée à Toyen, une peintre du XXe siècle. Dans la première salle de l’exposition, un tableau a été protégé par une vitre parce que menacé de destruction. Il représente une orgie de personnages noirs. Le tableau est plein de clichés, comme beaucoup d’autres dans la salle.

M. L. : Il a été menacé parce que offensant ?

MaG : Je pense que oui. Le musée a choisi de laisser le tableau en expliquant que Toyen a beaucoup travaillé autour de la sexualité et qu’il faut replacer le tableau dans son époque. Je ne sais pas si j’aurais enlevé le tableau si j’avais été à la place du musée.

M. L. : C’est vrai qu’il faut se mettre à la place des personnes concernées. Si j’avais vu un tableau de deux femmes, vraiment offensant, peut-être que ça m’aurait affecté. Mais je pense qu’il faut remettre l’œuvre dans son époque.

MaG : C’est comme tout ce qui s’est passé autour de Autant en emporte le vent. Le film parle d’une femme (blanche) qui s’émancipe mais tout ce qui touche aux personnages noirs est à double tranchant : c’est la première fois qu’une femme afro-américiane était récompensée d’un Oscar pour un rôle au cinéma, mais elle n’a pas eu le droit de s’assoir avec les autres acteurs dans la salle pour recevoir son prix.

M. L. : Mais c’est dégueulasse !

MaG : Et il était question de mettre un avertissement avant le film, puisqu’il véhicule des préjugés raciaux d’une autre époque.

M. L. : Je pense que c’est important d’en mettre un, pour être prêt à recevoir l’information. C’est comme un consentement. Après c’est un film des années 50, tu sais ce que tu vas regarder.

MaG : Pour terminer, est-ce qu’il y a des femmes qui t’ont inspirée ou qui t’ont aidée à être qui tu es ?

M. L. : Je me suis beaucoup inspiré de Miley Cyrus quand j’étais jeune. C’est bizarre à dire mais elle a tellement bien évolué. Elle se génait pas pour s’affirmer, c’est une des femmes fortes aux Etats-Unis.

MaG : C’est clair, c’est une rockeuse !

M. L. : Mais oui, elle fait des feat avec des rockeuses iconiques ! Elle a brisé son image et j’étais tellement derrière elle quand elle a fait ça. Donc oui Miley Cyrus pour vrai, elle m’a marquée. Et sinon c’est surtout des femmes de ma famille, ma mère, ma grand-mère, ma tante.

 MaG : Est-ce qu’il y a des artistes féminines que tu aimerais cheer up ?

M. L. : Je vais le redire mais Calamine ! Sophia Bel aussi. Toute la direction artistique est pensée à 100%. Mon clavieriste bosse avec elle et il m’a dit qu’à chaque show, elle prend le temps d’habiller chacun de ses musiciens. Elle fait ses covers, ses vêtements, etc. C’est une artiste complète.

Retrouvez Marilyne Léonard sur Facebook et Instagram.

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