“Je ne pense pas qu’on ait un parcours prédestiné”, rencontre avec BRÖ

À l’occasion du MaMA Festival, on a rencontré BRÖ. On l’avait découverte au printemps dernier avec son deuxième EP Cassandre qui contient notamment Mauvais rôle, un ovni hyper streamé dans lequel elle oscille entre chant et rap. BRÖ esquive habilement toutes les étiquettes musicales et nous fait réfléchir aussi bien qu’elle nous fait danser (et encore plus en concert où son charisme naturel irradie). Parce qu’elle est indéchiffrable et hybride, qu’elle pose plus de questions qu’elle ne donne de réponses, on a eu envie d’inverser les rôles et d’en apprendre un peu plus sur elle…

Est-ce que tu peux nous parler de ton style musical ?

J’ai envie de dire que c’est de la pop mais en général ce n’est pas perçu comme tel… Maintenant, je dis que je fais de la nouvelle variété. C’est une façon de rendre hommage à la variété française, un style auquel je suis très attachée. Dans la chanson française des années 70/80, on trouve plein d’influences différentes, de la bossa nova, du jazz, du rock… Moi je fais de la chanson qui s’inspire aussi d’univers multiples. Après, j’arrive avec une proposition musicale très marquée par le rap, l’électro, le RnB. Par exemple, quand j’étais au collège j’écoutais beaucoup Orelsan et Diam’s. Les sonorités actuelles sont aussi liées aux outils contemporains, aux possibilités qu’offrent les logiciels de faire des choses très produites, donc nécessairement la variété que je propose aujourd’hui est différente.

Tu dis vouloir faire des tubes autant que des chansons plus pointues musicalement. Est-ce que tu t’attendais à ce que  Mauvais Rôle soit le titre qui flambe comme ça ?

Franchement non. Pour moi c’était un peu un ovni ce morceau. Il ne ressemble pas à grand-chose qui existe déjà. On ne sait pas vraiment si je rappe ou chante. Je pensais plus à « Le pire c’est que je comprends » avec un refrain un peu dansant mais je suis contente parce que ça prouve que le public est ouvert, a envie d’être surpris. Ça me rassure parce qu’on voit que pour avoir du succès, il n’y a pas besoin de suivre de recette.

Mais quand je dis que je veux faire des tubes, ce n’est pas faire de la musique commerciale qui ne serait pas de la bonne musique. C’est plutôt que les artistes que j’admire ont fait des tubes. Par exemple, pour moi, Stevie Wonder, c’est super riche, autant musicalement que dans l’écriture. Il a des tubes interplanétaires qui sont des chansons compliquées si tu te renseignes sur les accords et la composition technique du morceau, mais en tant que public, juste tu kiffes et t’as la chanson en tête. Stevie c’est mon exemple suprême parce que c’est une personne qui arrive à être mondialement connue tout en étant respectée par tous les musiciens. C’est ça mon « rêve ». Je veux faire des chansons pop et qui en même temps sont de belles chansons chiadées, avec de vraies compétences de compositrice et d’autrice. Prince c’est pareil, mais c’est un peu le côté dark de Stevie. Par contre il y a de la mauvaise pop, des gens qui ont cru que pour plaire il fallait faire des trucs faciles à comprendre et pauvres harmoniquement. Je trouve ça dommage d’associer la pop à de la soupe.

Dans tes chansons tu t’appropries parfois des expressions masculines et tu te dissocies du genre féminin. Qu’est-ce que cela te permet d’exprimer ?

Avant tout, c’est quelque chose de purement lyrical et artistique. Dans Chaos je dis : « je ne veux plus être un chanteur ». J’aurais pu dire chanteuse, mais en français, les deux mots n’ont pas le même sens. Le chanteur, ça peut renvoyer à une chanson de Balavoine par exemple, la chanteuse c’est une figure différente. En fait, je choisis le mot qui sied le mieux à l’image que je veux retranscrire, peu importe qu’il soit féminin ou masculin. Autre exemple, dans Mauvais rôle je dis « je suis un queutard » car on ne dit pas « queutarde » et c’est bien cette figure, qui se conjugue au masculin, que je veux évoquer.  Il y a pleins d’autres attributs qui sont féminins et que je vais employer aussi, mais forcément, vu que je suis une femme, on s’attarde pas sur ça. C’est un exercice de style, je ne m’interroge pas sur mon appartenance à un genre, je suis une fille qui essaye d’écrire un texte juste qui pourrait parler à tout le monde. Pour moi, le rôle de l’artiste est de questionner, surtout ne pas tomber dans les facilités de pensées, tout déglinguer parce que l’art offre cette liberté.

Dans mes textes, si j’utilise un mot à la place d’un autre, c’est aussi pour proposer un nouvel angle de vue. Par exemple, poser la question : qu’est-ce qu’il y a après l’ère du féminisme ? Je ne suis pas là pour faire de la politique, ni donner de leçon de morale, j’ai juste envie de venir avec un message unique donc forcément ça passe par remettre en question les idées qu’on me présente et les choses que j’observe, notamment en employant la langue différemment, sans porter de jugement moral.

On te définit souvent comme hybride. Comment s’est construite ton identité plurielle ?

C’est vrai que je ne ressens pas le besoin d’appartenir à des groupes, de rejoindre une communauté, d’être « catégorisable ».  De manière assez évidente, l’éducation joue beaucoup là-dedans. Mes parents n’ont pas projeté sur moi quelque chose d’ultra féminin, ni quelque chose de masculin. Ils m’ont élevée comme un être humain qui doit apprendre, lire, poser des questions, faire du sport, etc. Cela m’a menée à ce que je fais aujourd’hui mais aussi à tout ce que j’ai fait avant, (du droit, des sciences criminelles, du Volley Ball à haut niveau). Parallèlement à ça, je fais de la musique depuis toute petite et à un moment donné, j’ai fait les bonnes rencontres et ça a commencé à payer. C’est un métier où l’on fait tellement de choses différentes tous les jours que c’est celui-là que j’ai eu envie de choisir, mais ce n’était pas forcément ce qui était prévu au début, je ne pense pas qu’on ait un parcours prédestiné. D’ailleurs, les auteurs qui m’inspirent, par exemple en littérature, sont souvent des gens qui faisaient plein de choses différentes et avaient une personnalité de fou. Par exemple, l’écrivain Colette qui était danseuse, ou Albert Camus qui était à la fois un philosophe engagé politiquement et un romancier.

Quels sont tes projets pour la suite ?

Je prépare un album qui va sortir au printemps 2023 avec pleins de beaux featurings !!! 

Retrouvez BRÖ sur Instagram.

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