Ces livres à lire en un dimanche

On a tous des livres non lus dans notre bibliothèque, une bonne partie d’entre eux sont de gros pavés dont la taille intimidante et les heures nécessaires pour sa lecture nous découragent. Mauvaise Graine magazine vous propose ici comme alternative une sélection d’ouvrages courts et impactants à lire en un dimanche. Romans courts, recueils de nouvelles et de poésie, les livres conseillés ici montrent que la brièveté peut être synonyme de virtuosité.

Article écrit par Victor Poilliot

Fatou Diome – La Préférence Nationale (2001)

Premier ouvrage de l’autrice, ce recueil de nouvelles est annonciateur du travail d’écriture que Fatou Diome développera dans ses œuvres suivantes : une écriture incisive, une rédaction qui révèle la douceur et la cruauté des scènes ordinaires. Fatou Diome est une écrivaine dont les textes sont toujours plein d’humour permis par une prise de recul et un regard acerbe quant aux actions dans lesquelles sont insérés les personnages.

Dans les six textes qui composent ce recueil, l’autrice propose des récits inspirés de ses propres expériences (son enfance au Sénégal, ses jobs étudiants, ses relations sociales). Elle raconte la manière dont les hommes la regardent comme un objet sexuel, un corps plus qu’un sujet, la manière dont elle doit se conformer aux stéréotypes de l’employée domestique africaine pour obtenir quelques heures de ménage, la manière dont le racisme ordinaire habite les lieux les plus communs comme les boulangeries et les bibliothèques. Fatou Diome signe un recueil brillant qui relie littérature et critique sociale.

« L’image dégradante que monsieur Dupire me collait n’était pour moi qu’un tas de broussailles qu’il fallait franchir pour accéder à la rivière désaltérante. Il pouvait donc continuer, car ma sueur faisait pousser ce que sa salive ne pouvait tuer »

Fabienne Swiatly – Elles sont au service (2020)

Dans ce recueil de poésie, l’écrivaine Fabienne Swiatly donne à voir les mondes quotidiens de celles qui tous les jours passent bien malheureusement inaperçues : les femmes du secteur tertiaire, celles qui rendent service. A travers une prose qui dresse des portraits ordinaires, les textes de ce recueil nous parlent des souffrances, des espoirs, du désespoir des travailleuses au service des autres : caissière, aide-soignante, auxiliaires de vie, agentes d’entretien, secrétaires. Par une prose acerbe à certains moments acides et toujours percutante l’auteure montre la réalité sociale de celles qui pratiquent ces activités méprisées, ces activités du care.

Fabienne Swiatly fait de la poésie politique. Elle permet à des situations invisibilisées d’être remises dans la lumière et par la même occasion de rappeler comment la société pousse chacun.e à ne pas accorder de considération à ces personnes pourtant indispensables dont le travail est essentiel.

« Trois heures de la nuit ou du matin ? Profiter du calme. À tout moment une sonnerie peut interrompre le silence. Toujours quelqu’un finira par avoir besoin d’elle »

Patrick Chamoiseau – Le papillon et la lumière (2011)

Les papillons de nuit ont une courte vie, selon leur espèce ils ne vivent qu’une quinzaine de jours ou bien une nuit.

Dans ce conte philosophique, Patrick Chamoiseau s’empare du destin de deux papillons de nuit pour poser aux lecteur.ices des questions philosophiques : peut-on résister à ce qui démange notre curiosité sans se mettre en danger ? L’échange avec nos aîné.es peut-il nous permettre d’apprendre sur notre propre vie ? La vie mérite-t-elle d’être vécue sans prendre de risques ?

On suit ici la rencontre entre un jeune papillon et un papillon sénior. Le premier assène le deuxième de question et veut tout savoir, et le deuxième laisse au premier son libre arbitre en ne lui indiquant pas les gestes à suivre mais en l’accompagnant à se questionner sur le sens qu’il souhaite donner à sa vie. Dans une langue virevoltante et empreinte du charme de la nuit, Patrick Chamoiseau nous emmène sur les chemins de la sagesse.

Leïla Sebbar – La Seine était rouge. Paris, octobre 1961 (1999)

Leïla Sebbar est une écrivaine qui s’empare à pleine mains des questions brûlantes que sont le colonialisme, les violences envers les populations colonisées et leurs descendant.es, l’exil et ses souffrances. Il s’agit d’une autrice qui a exploré son histoire familiale (née d’une mère française et d’un père Algérien) et dont l’oeuvre aux thématiques fortes et profondes lui ont permis d’acquérir une reconnaissance littéraire, notamment avec sa nouvelle Je ne parle pas la langue de mon père paru en 2003 chez Julliard et rééditée en 2016 par les éditions Bleu Autour.

Dans ce court roman La Seine était rouge, l’autrice s’empare d’un événement tragique, le massacre du 17 octobre 1961 où des manifestant.es algérien.nes ont été jeté.es dans la Seine par la police française, pour questionner les violences d’Etat, les non-dits, et le travail de mémoire.

« Ils frappaient en insultant les Algériens. Ils avaient la haine. Ils pensaient que des collègues avaient été blessés, comme on a voulu le faire croire à la radio. Des mensonges »

Lily Zalzett et Stella Fihn – Te plains pas c’est pas l’usine. L’exploitation en milieu associatif (2020)

Les autrices sont toutes les deux travailleuses du secteur associatif, elles reviennent dans cet essai sur la manière dont les travailleur.ses associatif.ves voient leurs conditions de travail se dégrader.

A partir de rencontres avec des professionnel.les et de leurs expériences personnelles, les autrices montrent les mécanismes oppressifs et malsains qui gagnent le secteur associatif. Elles dénoncent la manipulation managériale qui pourrait être résumée de la manière suivante : travailler dans le secteur associatif est une chance, cela permet d’allier emploi et convictions citoyennes, alors n’est-ce pas un peu faire son.sa difficile quand on vient se plaindre sur les heures supplémentaires non payées ?

Les autrices dénoncent la manière dont certains rapports hiérarchiques abusent des plus faibles et veut faire culpabiliser celles et ceux qui oser réclamer quelque chose en les désignant comme des personnes qui ne sont pas prêtes à faire passer leur engagement avant leurs caprices quant à leurs conditions de travail.

Cet essai revient aussi sur la manière dont les décisions gouvernementales ont participé à la précarisation de ce secteur et comment des initiatives a priori intéressantes comme le service civique ont été détournées de leurs fonctions officielles pour devenir des formes officieuses de sous-emploi.« Il est intéressant de noter que lorsque la ministre du Travail, Muriel Pénicaud, a annoncé la quasi-suppression des contrats aidés en 2017, elle a suggéré aux employeurs qui seraient mis en difficultés […] de se tourner vers le Service civique […] Mis à part le salaire, tout est semblable : la charge de travail, la nature du travail… Les conditions de précarité sont simplement encore plus fortes et la rémunération quasiment symbolique »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *