How I Met Your Father, est-ce que ça vaut le détour ?

Huit ans après la fin de How I met your mother, le sitcom revient avec un spin-off centré autour du personnage de Sophie et de sa bande de copains newyorkais. La série, disponible sur Disney + depuis le 11 mai, reprend tous les codes du sitcom d’origine. Au programme : rires pré-enregistrés, décors en studio et intrigues amoureuses alambiquées. Mais ici, la magie n’opère pas. On vous explique pourquoi. 

How I Met Your Father – ©Hulu/Disney+

article écrit par Emmanuelle Faguer

De quoi ça parle ?

On est en 2050 et c’est maintenant Sophie qui raconte à son fils comment elle a rencontré son père. L’échange se passe par téléphone. Le procédé est donc inversé : ce ne sont plus les enfants qui écoutent leur père, sagement assis dans le canapé, mais la mère face-caméra qui raconte à son fils son passé sentimental, un verre de chardonnay à la main. 

Sauf qu’ici, le personnage de Sophie « âgée » ne sert pas vraiment l’intrigue. Il s’agit plus d’offrir aux téléspectateurs un clin-d’œil sur l’avenir, un avenir hyper connecté où la maison s’éclaire par commande vocale. 

Seul bonus, les fans de Sex and the city seront heureux de retrouver Kim Cattrall, l’éternelle interprète de Samantha Jones, absente du reboot And just like that (une autre suite qui n’était pas forcément nécessaire, mais ça, c’est un autre sujet…)

La série suit les pérégrinations de Sophie en 2022 qui cherche le grand amour et parcourt Tinder pour le trouver. Elle enchaîne des dates, tous plus désastreux les uns que les autres. Le pilote démarre par Sophie qui monte dans un Uber conduit par Jesse, un autre Newyorkais au cœur brisé, musicien un peu raté reconverti en chauffeur Uber. Ce dernier est accompagné de Sid, son meilleur ami qui s’apprête à demander sa copine en mariage. C’est ainsi qu’a lieu la rencontre entre Sophie et ses futurs copains. L’un des deux est-il le futur père de son fils ?! That is the question ! Fidèle à son modèle, c’est autour de cette intrigue que la série va tourner.

En effet, Sophie va sans faire exprès échanger son téléphone avec celui de Sid et passer le reste de la soirée à essayer de les retrouver. C’est ainsi que leur amitié débute.

À cette galerie de personnages s’ajoute la coloc de Sophie, Valentina, une « assistante de mode mexicaine » comme elle se présente elle-même. (Et c’est assez gênant comme introduction.) Valentin vient de se mettre en couple avec Charlie, un anglais issu d’une famille très riche qui a tourné le dos à son héritage familial. Un dandy à l’accent british très prononcé et aux mimiques qui ne sont pas sans nous rappeler un certain Barney Stinson. Un couple qui ne va pas du tout ensemble, auquel on peine à croire, mais que durant toute la saison on veut nous convaincre de la solidité de leur amour.

On découvre enfin la demi-sœur de Jess, Ellen. Adoptée, elle est d’origine vietnamienne. En pleine procédure de divorce avec sa femme, elle vient d’arriver à Manhattan pour redémarrer à zéro après l’échec de son mariage. 

Comme son modèle d’origine, la plus grande partie de la série se passe dans le bar tenu par Sid, et dans l’appartement où vivent en colocation Sid et Jesse. NB : c’est le décor de l’appartement où vivaient Marshall et Lily dans How I met your mother, voilà le lien entre les deux sitcoms. 

Une série trop bien-pensante… et pas très drôle.

Le décor est planté. Tout est mignon et sympathique. Mais la série n’est pas très drôle. Le propos se veut moderne (le dating à l’heure des applications de rencontres) mais les rires pré-enregistrés enferment le format dans un genre qui ne lui convient pas. Et par-dessus-tout (et c’est le vrai problème) la série a un besoin constant d’être bien-pensante, inclusive, post me-too. So 2022 quoi… Au risque de s’y perdre. 

À commencer par la technologie, ultra présente dans la série : Sid et sa copine font du phone sex à distance avec des sex-toys ultra modernes. Sophie a eu 80 dates tinder en un an et passe sa vie sur l’application. Valentina veut être en couple libre avec Charlie… ils utilisent des termes modernes, parlent de féminisme et d’inclusivité à tout bout de champ. On a compris. À trop vouloir moderniser le genre du sitcom, on ne sait plus vraiment ce que la série raconte et on cherche le comique, sans le trouver.

À l’instar de And just like that, la nouvelle saison des aventures des femmes de Sex and the city, où Miranda tombe amoureuse d’une personne non-binaire, où la fille de Charlotte fait son coming-out trans… HIMYF veut tellement cocher toutes les cases 2022 que c’est un peu gênant. Et ça dénature son modèle, accès sur les comiques de situation et la folie des personnages.

On a bien compris qu’ils ont retenu les erreurs de leurs aînés. Il est vrai qu’il n’y a même pas dix ans, il n’y avait aucune diversité dans les sitcoms. Il suffisait de regarder le casting de Friends, HIMYM et The big bang theory pour s’en rendre compte. Nos héros étaient tous blancs, hétéros et minces. Cela montre peut-être une vraie évolution positive de la société, mais la manière de l’aborder ne parvient pas à éviter les clichés.

Et les caractérisations des personnages, essentielles dans un sitcom, sont faiblardes. Ils ne sont ni assez travaillés, ni assez vecteurs de comédie. De pâles copies 2.0 de leurs aînés, en moins drôles. Sophie est une romantique éperdue comme Ted. Sa relation avec Jesse, faite de rendez-vous manqués, va être le fil conducteur de l’intrigue, et nous rappelle Ted et Robin. Sid et sa copine Hannah sont le couple de longue date, inséparables envers et contre tout. Charlie a toutes les mimiques précieuses de Barney. Enfin, Valentina est un mélange de Robin pour son indépendance, et de Lily pour son tempérament survolté. Rien de bien nouveau à l’horizon.

How I Met Your Father interroge peut-être sur des questions existentielles de notre génération : comment trouver l’amour à l’ère des applications de rencontres ? Et comment vivre des instants uniques alors que nous sommes tous sur nos téléphones ? Mais rate son ambition première ; nous faire rire.

Dans ce cas-là, peut-être vaut-il mieux s’en tenir à nos sitcoms préférés des années 90-2000, en leur pardonnant leurs faiblesses ? 

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