Scream, du cliché à un renouveau du genre slasher

Scream est une franchise d’horreur américaine créée par Kevin Williamson et Wes Craven. À l’origine conçue comme une trilogie, la saga est composée de cinq films : Scream (1996), Scream 2 (1997), Scream 3 (2000) Scream 4 (2011) et Scream (2022). La saga est inspirée de grands classiques comme Halloween, La Nuit des Masques et a marqué les années 1990 par son regard nouveau sur les films d’épouvante proposé par Wes Craven. Elle influence encore le renouveau du genre de l’horreur aujourd’hui. 

Article écrit par Cloé Garnier

La saga mélange slasher, métafiction, comédie noire et est à l’origine de la figure emblématique masquée « Ghostface » doublée par Roger L. Jackson. Marquant un tournant dans le cinéma de genre et devenant immédiatement culte, le succès mondial de Scream en fait rapidement un phénomène de société. Il relance l’intérêt du public pour le genre slasher et les films d’horreur durant la fin des années 1990. Saga d’horreur « méta » par excellence, Scream contient en elle-même et dans chacun de ses volets, son propre commentaire. Elle fait ainsi une déclinaison de satires des clichés du cinéma horrifique et de son impact sur les médias et la culture moderne.

Se déroulant dans la petite ville américaine de Woodsboro, elle met en scène au fil des années différents groupes de lycéens aux prises avec un meurtrier constamment renouvelé, mais toujours armé d’un couteau de survie, vêtu de noir et portant un masque effrayant lui valant le nom de Ghostface. Détournant astucieusement le genre du slasher, le grand classique de 1996 – dont le succès a donné lieu à plusieurs suites, une série télévisée et la saga parodique Scary Movie – revient en 2023 pour son sixième volet.

Alors, que reste-t-il de la saga après 27 ans de renouvellement et que peut-on encore attendre d’elle ? 

Les règles du slasher 

Revenons d’abord sur ce qu’est qu’un « slasher ». Le slasher (de l’anglais slasher movie) est un sous-genre cinématographique du film d’horreur qui met systématiquement en scène les meurtres d’un tueur psychopathe, défiguré ou masqué, qui élimine méthodiquement les membres d’un groupe de jeunes ou d’autres personnes, souvent à l’arme blanche et principalement pendant la nuit. Scream se révèle comme un excellent slasher, qui intègre intelligemment les codes du genre à son scénario. Codes énoncés au fil des volets par le personnage de Randy, maître étalon du genre slasher, dès la scène du Scream original. C’est cette soirée qui fait office de climax du film, où Randy va démontrer toute sa connaissance du cinéma d’horreur et de ses « règles ». Des règles qui permettent à ceux qui les suivent scrupuleusement de rester en vie: ne pas boire, ne pas se droguer et surtout ne jamais coucher avec quelqu’un. 

Jamais parodique, le script de Williamson appose plutôt un regard moqueur sur certains de ces apparats du slasher, sans pour autant désamorcer les véritables moments de tension de son scénario. Les scènes de meurtres y sont percutantes et il dispose d’une galerie de personnages efficacement écrits et développés. Les figures de l’orpheline Sidney Prescott, du shérif adjoint Dewey Riley et de l’ambitieuse journaliste Gale Weathers demeurent iconiques et indissociables de la franchise. Ces innovations restent mémorables, tout comme les leitmotivs de la saga que sont les coups de téléphone du tueur, les règles du film d’horreur et les résolutions finales. C’est ainsi qu’en une seule et terrifiante scène d’ouverture et avec une phrase désormais culte (« Quel est ton film d’horreur préféré ? »), Scream a transformé le cinéma d’horreur de son époque et a ouvert la voie à des créations cinématographiques intelligentes et novatrices pour les générations à venir.

Poupées russes  

Ce que l’on retient de Scream, c’est son traitement « méta » du cinéma d’horreur et plus particulièrement du slasher, comme le montre par exemple la création de la saga Stab au sein de l’univers de Scream, satire de la saga en elle-même. Là où celle-ci cherchait à éviter les pièges et les clichés du genre, son adaptation diégétique les embrasse tous et se présente comme une série B racoleuse et navrante. Ce jeu de poupées russes sera présent dans tous les autres films de la saga, jusqu’à trouver son apogée dans la scène d’ouverture du quatrième opus.

À l’image de la scène d’ouverture de Scream 4, qui se présente donc comme une poupée russe, la saga peut être vue sous cet angle selon lequel chaque film comprend un commentaire sur le précédent. Mais cet effet miroir de plus en plus vertigineux peut aussi être mis en parallèle avec la manière dont les films successifs ajoutent toujours une couche supplémentaire. Une couche de réflexion. Une couche de gore. Une couche de « drame ».

Mais la saga ne fait-elle qu’adresser des clins d’œil au spectateur pour flatter son ego cinéphile ? Pas tout à fait. Lorsque Randy évoque un autre film d’horreur dans Scream, c’est toujours pour en tirer une leçon. C’est là où la dimension « méta » se révèle à son paroxysme : les codes narratifs deviennent une règle à suivre dans la diégèse du film. Pour Randy, il faut désormais suivre les codes de la fiction pour survivre dans le réel, ainsi la connaissance de ces codes s’avère être une compétence supplémentaire. Le scénario expose donc ces règles pour mieux s’en affranchir par la suite et moderniser un genre qui tournait en rond depuis plusieurs années.

Il est vrai que Scream en tant qu’œuvre globale, en tant que série de films, construit une véritable réflexion sur son sujet – qui est aussi son genre, donc – au point de revêtir l’aspect d’une somme définitive épuisant celui-ci. Et le fait que la saga revienne à la charge plus ou moins tous les dix ans depuis la « clôture » de sa trilogie initiale vient corroborer cette idée : chaque nouveau film apparaît dès lors comme un « update » des précédents. Un peu comme s’il s’agissait de la réédition, à intervalle régulier, d’un ouvrage de référence sur un sujet donné, lequel demanderait une révision par décennie afin de se mettre au goût du jour ou de vérifier si les idées d’avant sont toujours applicables à la réalité du « maintenant ».

De fait, les trois premiers épisodes se contentaient chacun de s’intéresser à une spécificité du genre auquel il s’attaquait. Le premier décortiquant les règles du slasher de manière générale, notamment en énumérant ce qu’il fallait faire ou ne pas faire pour y survivre. Le second procédait de la même manière mais en appliquant son analyse plus spécifiquement aux suites. Enfin, le troisième donnait le même cours ex-cathedra sur le concept de trilogie. Cependant, le quatrième et le cinquième épisode, même s’ils continuent globalement sur la même lancée, accompagnent également cette réflexion d’un « retour » sur ce qu’il s’est passé « entre temps », depuis le dernier épisode, dans le domaine du genre horrifique.

Un personnage de Scream 4 fait par exemple référence à l’émergence du sous-genre du « torture-porn » lors de la décennie précédente, laissant sous-entendre qu’il ne s’agirait plus dans ces films-là de faire peur, mais bien de « dégoûter » voire de faire vomir le spectateur. Dans le cinquième volet, il est souvent question de « elevated horror » et de tout un tas de films des années 2010, lesquels seraient plus introspectifs et, selon le(s) tueur(s), plus prétentieux. La victime principale du volet citera It Follows, Hérédité et The Witch comme étant les références de sa génération en matière de films de genre. Le tueur marque sa désapprobation en s’attaquant ensuite à la pauvre cinéphile amatrice de films d’horreur qu’il qualifie de « prises de tête » et « prétentieux ». Toutes ces références charriées de manière ludique et perverse par le film cultivent l’idée que la saga continue de commenter son statut de film de genre et sa place au sein de ce genre, la manière dont il s’inscrit dedans. L’auto-commentaire d’un film de la saga Scream va même parfois jusqu’à questionner sa propre pertinence ou sa propre qualité, comme par exemple dans la scène d’ouverture de Scream 4, en forme de poupée russe, et dont une des « victimes » met en doute le réalisme.

Un pan du cinéma d’horreur 

Alors que cette icône autoréférentielle fête ses 25 ans, l’horreur connaît actuellement un nouvel « âge d’or » avec des films d’horreur modernes tels que Get Out (2017) et Hereditary (2018), salués comme des chefs-d’œuvre qui élèvent le genre. Avec un si grand nombre de ces films d’horreur cérébraux qui façonnent le discours culturel, il est important de reconnaître le rôle que Scream a joué dans l’évolution du genre.

En effet, si la saga incarne les singularités du cinéma d’horreur des années 90 – notamment des adolescents trop âgés, des intrigues pleines de tropes et des morts agréablement exagérées – Scream a aussi complètement bouleversé les films d’horreur, sans doute pour toujours. Nous n’aurions pas de films comme Get Out, ou même Promising Young Woman sans la franchise méta à succès de Wes Craven – et nous ne pouvons pas parler de l’horreur moderne sans parler de Scream.

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