Avis aux vagins et phallus audiophiles, à ceux qui préfèrent imaginer plutôt que consommer des images, ceux qui veulent un porno plus créatif, sensible et inclusif : un porno qui fait aussi jouir fort et bien les personnes trans, non-binaires, non-genrées, etc. Ces podcasts sont faits pour vous ! L’équipe derrière ces projets nous a susurré, à distance, une interview. Découvrez les paroles d’Olympe de G. (directrice de création), Karl Kunt (producteur et graphiste) ainsi que de la voix principale Lélé O !

Propos recueillis par Léa P.

Sur votre site, les audiophiles parlent de « révolution ». Comment avez-vous eu l’idée de créer Voxxx et Coxxx ? Quel a été le déclic ?

Olympe de G. : Le déclic vient d’une rencontre entre Lélé et moi. Cela faisait un bout de temps que je voulais réaliser un film porno où on ne verrait quasiment rien, afin de laisser s’exprimer tout le potentiel érotique du sonore. J’avais découvert la technologie binaurale, qui est très immersive, et donne une vraie impression de 360°. Je me disais que cela s’appliquerait de façon géniale au porno. Et logiquement cette idée a évolué vers celle de créer du porno audio ! Autant s’affranchir totalement des images !

J’ai cherché la personne idéale pour travailler avec moi sur ce sujet. Et je suis tombée sur Lélé, qui faisait des JOI géniales à destination des hommes. C’est un contenu vraiment unique qu’elle produit : bien écrit, sensible, intelligent, et elle utilise les sons de sa bouche à la fois comme des stimuli ASMR et des stimuli sexuels. 

On s’est rencontrées et on a travaillé ensemble sur deux projets. Le premier était un projet ambitieux : un porno audio immersif, en binaural, non genré. Il a donné lieu à une performance d’une soirée à l’hôtel grand Amour, et maintenant il est disponible en ligne. L’œuvre s’appelle Chambre 206

Notre seconde collaboration était pour la journée des droits des femmes. J’avais une carte blanche sur Rinse et j’ai proposé à Lélé d’intervenir en faisant une JOI audio, mais pour femmes. Quand j’ai reçu sa JOI j’ai trouvé ça tellement fort, que je me suis dit qu’il fallait qu’on développe ça ensemble. C’était une vraie révélation. C’était un contenu bien-être, de pleine conscience, qui incitait tout simplement à se faire du bien. La voix est toute proche dans les oreilles, on se sent en confiance, on peut lâcher prise et se concentrer sur les sensations. En en parlant toutes les deux, on s’est dit que c’était fou que quelque chose d’aussi simple que des masturbations guidées, n’existent pas pour les personnes qui ont une vulve. Et voilà, on s’est lancées, on a créé Voxxx avec l’aide de l’artiste sonore Antoine Bertin et de Karl Kunt qui a fait toute l’identité visuelle. Le podcast était conçu pour accueillir des épisodes de Lélé mais aussi d’autres voix, afin d’offrir des narrateurs et narratrices de plusieurs genres, et de répondre à différentes orientations sexuelles

Et puis en 2019, on s’est dit que les pénis aussi méritaient du porno plus imaginatif, sensible et bien produit. Et on a créé Coxxx, dans lequel Karl Kunt, notre producteur, qui nous a rejoint en août 2018, a eu un rôle clé. La sexualité masculine aussi est la cible de nombreuses injonctions : on essaie de déconstruire ça sur Coxxx. 

En tant qu’auteurs/acteurs, comment avez-vous su que vous aviez une voix ? Une voix capable de faire bouger les choses, de guider, d’exciter, …

Lélé : J’ai commencé dans le monde de la vidéo. Puis, en ayant des discussions avec mes fans du premier jour, j’ai commencé à poser ma voix aussi sur mes vidéos, parce que j’avais un message à faire passer : un message de bienveillance, de soin de soi etc… Ma voix a semblé faire mouche ! Alors j’ai continué sur ma lancée jusqu’à me mettre à l’audio, d’abord en amateur, puis de manière bien plus pro à ma rencontre avec l’équipe d’Olympe.

Savoir que vous procurez autant d’émotions, de frissons et de plaisir, juste avec la voix comme « outil » : qu’est-ce-que cela vous fait ?

Lélé  : Ça a donné un sens à ma vie ! En réalité, je n’ai pas commencé pour ça. Mais quand j’ai réalisé l’impact de ma voix, de mes mots, sur autant de personnes, ça a été un super sentiment ! Ça ne me demande pas d’énergie de créer et interpréter, alors quand en plus la récompense est follement agréable, je suis gagnante à tous les niveaux ! Ça m’a donné également de la force, de la confiance ; je reçois une reconnaissance magnifique des gens.

Avez-vous un petit rituel dans les coulisses, avant de vous mettre devant les micros et de commencer vos récits ?

Lélé : Souvent au moment où ça démarre, j’entre en transe. Je deviens celui ou celle qui écoute en même temps que celle qui parle. Ça me permet de rester au plus juste de l’intention je pense. En tout cas c’est ma manière de fonctionner depuis que j’ai commencé. Avant j’improvisais, je le fais encore pour mes vidéos. Mais dans un souci d’efficacité, pour Voxxx et Coxxx, je fais un premier jet chez moi, en parlant dans mon téléphone, puis je retranscris le texte, et le répète au micro en studio ! Je n’écris jamais avant d’interpréter à voix haute, parce que j’ai besoin de ce moment de transe : où j’écoute en même temps que je parle.

Que ressentez-vous pendant les enregistrements ?

Lélé : Lors du premier essai, je suis toujours excitée ! Alors que, pendant les enregistrements, je passe plutôt en mode technique. Je pense aux respirations, aux transitions… J’essaie de faciliter la vie de mon ingé son, Melia Roger.

Parlez-nous de vos scénarios.

Karl Kunt: La majorité de notre contenu est écrit par nous. C’est soit Lélé qui écrit ses propres épisodes, soit Olympe qui écrit des scénarios qui sont ensuite interprétés par des acteurs professionnels. Certains de nos acteurs écrivent également des épisodes, car ils sont auteurs ou autrices professionnels. 


Il est très rare que nous prenions des scénarios de nos auditeurs – mais nous les regardons tous ! Beaucoup d’entre eux sont bons, mais même un texte qui est bon ne fonctionne pas forcément pour un épisode de Voxxx, ou de Coxxx. Pour certains textes, l’idée sous-jacente nous plaît – mais il faudrait les réécrire à partir de zéro, car la langue lue et la langue écoutée sont deux choses très différentes.

Certains sponsors sont un peu frileux à l’idée de travailler avec vous. Pourquoi selon vous ? Est-ce-que le sexe est encore un tabou dans notre société ?

Karl Kunt : Je pense que les annonceurs sont en général un peu timides quand il s’agit de podcasts. Beaucoup d’entre eux ne sont pas si courageux. Ce sont les mêmes personnes qui avaient peur il y a 10 ans de faire de la publicité sur Youtube. C’est le premier problème. Ceux qui sont prêts à consacrer une partie de leur budget à un podcast, et qui peuvent choisir entre le “nice guy next door » qui bavarde sur les chats, bien sûr, peuvent plus facilement vendre de l’espace publicitaire qu’un podcast à contenu sexuel et féministe. C’est une courbe d’apprentissage pour tout le monde (petit clin d’œil).

Avez-vous des conseils à transmettre à celles/ceux qui souhaitent se lancer dans les podcasts ?

Karl Kunt : Ne le faites pas pour l’argent. Ne le faites pas pour la célébrité. Mais faites-le ! Vous pouvez produire des podcasts très facilement – et cela ne doit pas nécessairement coûter cher. Pour Voxxx et Coxxx, nous enregistrons avec du matériel professionnel dans un studio, parce que nous pensons que la qualité audio est très importante, étant donné que nous sommes très intimes. Mais quand vous avez un podcast conversationnel : vous pouvez obtenir un simple enregistreur à moins de 100 EUR. Apprenez à monter et vous êtes prêt à diffuser !

Qu’est-ce-que vous faîtes pendant le confinement ?

Lélé : Je me remets dans le personnage de Lélé O, parce que j’ai le temps ! Je m’occupe de mes fans sur Snapchat, je fais des vidéos et je pense à mes prochains épisodes de Voxxx/Coxxx. Je cuisine, je prends le soleil, je m’engueule avec mon mec, on se réconcilie et on regarde des séries d’une traite.

Karl Kunt : Nous essayons d’explorer d’autres voies pour Voxxx/Coxxx : nous avons des sessions d’enregistrement tous les deux mois, ce qui ne sera pas possible en confinement. Mais ne vous inquiétez pas ! Nous sommes bien préparés et avons été diligents dans le passé – nous avons donc des épisodes jusqu’à fin mai. Mais nous explorons d’autres voies pour faire connaître nos podcasts aux gens. Nous le dirons à tout le monde – quand le temps sera venu (petit clin d’œil).

Un dernier mot à ajouter ?

Lélé : Restez chez vous !!!!

Retrouvez tous leurs contenus sur leur site respectif (Voxxx.org & Coxxx.org) mais aussi sur Apple Podcast et Spotify.