Voilà près de 100 jours que les lieux où vit la culture sont clos, dont les salles obscures, comme le rappelle tristement Pierre Niney dans un tweet solennel le 7 février. 

Article écrit par Justine Bouchon

En début d’année, nous avions espoir de revoir en salles Drunk (T. Vinterberg), Adieu les cons (A. Dupontel), qui n’ont malheureusement pas pu rester très longtemps à l’affiche fin 2020, ou encore Saint Maud (R. Glass) qui n’a pas encore eu la chance d’être diffusé. Des films qui pourtant, au milieu de cette morosité ambiante, sont plus vigoureux que jamais ; tous les personnages semblent enivrés par leur désir le plus viscéral, celui de vivre intensément quitte à verser dans l’ivresse, au sens propre comme au figuré. 

Si l’alcool reste à consommer avec modération, on s’est dit que regarder les meilleures scènes d’ivresse au cinéma pouvait se faire à volonté, en attendant des jours plus doux ! 

Rushmore (W. Anderson) – 1998

Bill Murray a beaucoup endossé les rôles de personnages désabusés, un verre de whisky à la main. Dans Rushmore, film peu connu des débuts du réalisateur d’œuvres pop et fantasques, il incarne la quintessence du protagoniste cynique et en quête d’ivresse. Au beau milieu d’un paysage grisâtre et entouré d’individus indifférents, il exécute un des plus beaux plongeons alcoolisés sur une musique des Kinks, Nothin’ in the world can stop me worryin’ ’bout that girl.

Un singe en hiver (H. Verneuil) – 1963

Comment ne pas citer ce film, accompagné de la gouaille des dialogues d’Audiard, avec Jean Gabin et sa fameuse tirade des princes de la cuite ? Scène devenue culte, où deux acteurs au sommet (Belmondo et Gabin), enchaînent les calvas, “causent de trop et s’désydratent” au comptoir de l’hôtel Stella près de Deauville. Qu’importe la différence d’âge et le vécu des deux hommes, dont la rencontre fortuite les marquera à vie. 

The Party (B. Edwards) – 1968

Fortement inspiré du cinéma de Jacques Tati, on retrouve les mêmes mécanismes du comique et de l’absurde dans le film de B. Edwards. Notamment avec cette scène d’allégresse absolue où tous les invités se retrouvent à danser au beau milieu d’une épaisse nuée de mousse à la fin d’une fête où l’acteur Peter Sellers n’avait pas été convié. Les 60’s dans toute leur splendeur ! 

Dumbo (W. Disney) – 1941

Eh oui, si vous aussi votre enfance a été bercée par Disney, vous devez sûrement vous rappeler les hoquets du petit éléphanteau… interprétés bien différemment lorsqu’on grandit ! Scène dont le ressort comique repose en partie sur le mickeymousing (le fait de souligner les actions par la bande-sonore), on y voit un Dumbo tout triste encouragé à prendre un petit remontant par Timothy la souris, jusqu’à ce que lui aussi tombe dans la potion magique. 

Drunk (T. Vinterberg) – 2020

Vinterberg ne pouvait pas faire plus limpide avec le titre de son dernier film, plein d’intelligence et d’ironie. Basé sur une expérience scientifique radicale et avec un Mads Mikkelsen en pleine forme dans le rôle-titre, Drunk s’appuie sur la théorie suivante : l’homme doit combler un déficit d’alcool dans le sang pour retrouver une joie de vivre qui tend à s’effacer avec le temps. On retiendra surtout la scène finale complètement jubilatoire, mêlant danse, diplôme de fin d’étude et champagne sur la musique What a life (Scarlet Pleasure) digne de la bande-son de Projet X.