The French Dispatch : faut-il aller voir le dernier Wes Anderson ?

Longtemps, j’ai pensé que Wes Anderson était balance. Avec sa passion des belles choses et son talent pour représenter les histoires d’amour (souvenez-vous de ce magnifique plan empli de boîtes rose et bleu dans Le Grand Budapest Hotel dans lequel Agatha et Zero se regardent). Et pourtant, ce charmant homme originaire de Houston est… taureau. Si ce point commun avec Christian Clavier peut nous paraître étonnant, l’homme taureau est caractérisé par son amour des plaisirs simples de la vie, sa sensibilité à l’art et particulièrement à la musique (tiens donc) mais surtout, le taureau est attaché à ses habitudes. 

Timothée Chalamet and Lyna Khoudri in the film THE FRENCH DISPATCH. Photo Courtesy of Searchlight Pictures. © 2021 20th Century Studios All Rights Reserved

Article écrit par Eva Darré-Presa

Manifeste du carton pâte couleur glaçage 

Il semblerait assez simple de réduire le travail de Wes Anderson à sa passion pour les plans miroirs et les couleurs pastels, plus que récurrents dans chacun de ses films. Et pourtant, ces traits si caractéristiques de son travail font de lui un des réalisateurs préférés de sa génération. Avec The French Dispatch, l’américain friand de la culture française va bien plus loin, d’un point de vue esthétique, avec un véritable manifeste du carton pâte couleur glaçage de gâteau de mariage texan. 

Monté sous la forme d’une revue hebdomadaire et narré à l’aide de chapitres, The French Dispatch raconte l’histoire d’un journal américain basé en France, dans la commune d’Ennui-sur-Blasé (qui semble rendre un hommage plutôt critique à Paris) et suit les pérégrinations de ses journalistes pour le dernier numéro du magazine. 

Avec The French Dispatch, Wes Anderson semble rendre un hommage à son propre cinéma, tant les références y sont nombreuses. Et puisqu’il faut bien commencer par le début, la présentation des journalistes de la revue se fait… par les pieds, rappelant la scène d’ouverture de la magnifique première partie du Darjeeling Limited, Hôtel Chevalier, huis-clos de 13 minutes mettant en scène les retrouvailles de Jason Schwartzman et Natalie Portman dans une chambre d’hôtel parisienne. 

Si les plans s’enchaînent et doivent bien coûter des millions au vu des nombreux décors théâtraux, Wes Anderson réalise avec The French Dispatch son film le plus abouti visuellement. À la croisée du film en prise de vue réelle et de l’animation, mêlant joyeusement du cartoon pour figurer les pages de BD des magazines au noir et blanc des pages de journaux, le réalisateur s’émancipe de son propre cinéma pour pousser sa vision bien plus loin que dans ses précédents films. 

Les jolis mots à la française ? 

On le sait, Wes Anderson est un véritable amoureux de la poésie des mots. Avec ce dernier film, il fait donc la part belle à la culture française, à son journalisme bien sûr, mais aussi à sa gastronomie ou son militantisme. Si la construction chapitrée du film semble simple à première vue, ses allers-retours narratifs et temporels nous entraînent dans les méandres du parlé et de ses divagations. The French Dispatch serait-il un film pour intellectuel pédant dont seul le français savant pourrait comprendre les tournures ? L’intelligence de narration et l’humour de Wes Anderson nous font plutôt voir le film comme un petit chef d’œuvre plein d’humour et de dérision. 

Et si les dialogues, parfois incompréhensibles, magnifient la langue de Molière en franglais, c’est à une nouvelle composition musicale que nous avons affaire dans le film. Après Bowie chanté en portugais du brésil par Seu Jorge dans La Vie Aquatique, Wes Anderson a cette fois fait appel à Jarvis Cocker (incroyable chanteur du feu groupe Pulp) pour prêter sa voix aux plus grands tubes de la chanson française. On entendra dans quelques scènes du film, et particulièrement lors de l’histoire des échiquiers, la très belle et roque reprise d’Aline de Christophe. 

Un casting all-star 

Qu’ils soient présents depuis des années ou plus nouveaux dans l’univers filmographique de Wes Anderson, nombreux sont les visages reconnaissables dans The French Dispatch. De Bill Murray en rédacteur en chef décédé à Saoirse Ronan en courtisane, le film est un véritable jeu de Qui est-ce ? à échelle humaine (on regrette simplement le trop peu de plans de Willem Dafoe qui mériterait un film à lui tout seul). 

En réalisant un film franco-anglais, Wes Anderson ne l’a pas fait n’importe comment. On a pu y apercevoir de nombreux acteurs français, dans des rôles plus ou moins importants mais ayant le mérite de valoriser le cinéma français. On a donc pu croiser Léa Seydoux (assez fabuleuse), Mathieu Amalric ou d’autres têtes plus récentes comme Lyna Khoudri, qu’on avait pu apercevoir dans Papicha ou Gagarine

On vous recommande donc chaudement ce film aux multiples voix, mêlant avec un certain charme – comme le fait si bien Wes Anderson – récits de vie palpitants avec humour et sentiments et amour de la culture française, et tout particulièrement de son cinéma.

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